"Gaël , ton métier de coutelier c'est une passion de toujours ? "

Une passion qui devient un métier, c'est quelque chose dont chacun rêve. Mais il m'a fallu rêver très fort pour donner à ce songe les bases d'un chemin de vie.

ce n'est pas tout de passer son adolescence à « gratouiller » des morceaux de bois pour en extraire des sculptures , bien souvent inachevée , mise au rebut puis reprisent des mois, voir des années plus tard .... ça ne suffit pas d'être soutenu par sa famille et ses amis .parce qu’entre le moment ou tu rêve de vivre de ta passion et le moment ou tu le fait vraiment, la vie te rappelle ta condition humaine .

il faut vivre , il faut se nourrir... . Ainsi cinq jour sur sept, la vie refuse que vous fassiez autre chose que travailler, manger, faire sauter sur vos genoux le petit enfant qui réclame votre attention et puis dormir ...

"Mais les deux autres jours tu faisais quoi alors ?"

 

Il y une dizaine d'année j'ai commencé à taper sur des cailloux , pour comprendre comment passer de la pierre informe à la magnifique pointe de flèche préhistorique que j'avais trouvé sur la colline ... c'est naturellement que j'ai dérivé vers l'archéologie expérimentale , j'ai passé des weekends à extraire de l'argile de la montagne  pour faire des poteries , puis  j'ai voulu les faire cuire alors j'ai fait un four avec l'argile. Comme ca fonctionnait assez bien j'ai voulu faire des perles en pate de verre dans le four..

 

J’ai du reconstruire un autre four .... Puis un autre pour fondre du bronze à la cire perdue ...puis une forge et un four à charbon ….

 

C'était ma machine à remonter le temps, chaque samedi et dimanche je les ai passé à essayer de reconstituer une technique, un savoir faire si ancien que même les anciens l'avait oublié...

 

L’orsque j'ai commencé mes premiers couteaux je ne connaissais aucune technique de coutellerie et j'ai découvert un domaine de recherche énorme et passionnant, impossible de continuer à  jouer l’archéologue amateur, tout ce chemin parcouru, c’était pour devenir  coutelier evidement  .

m'a fallu plus de deux ans pour maitriser les bases et faire quelque chose de présentable…

 

comme je ne suis jamais satisfait  de mon travail, j’ai remis à chaque weekend mon projet de vie.

J’ai finalement lâché la sécurité de mon emploi pour l’aventureuse vie d’artisan coutelier en 2016. C’est un peu comme si j’avais acheté un billet pour l’Afrique.. On rêve de safari puis on se retrouve à faire de la paperasse  pour pouvoir rentrer dans son rêve.

Je ne regrette rien dans ce choix. C’est un métier passionnant entre le moment ou j’imagine un couteau et  sa vente, je dois le  dessiner, concevoir ses plans,  construire  chacun des outils qui vont servir à sa confection, puis  le forger, choisir une essence de bois pour le manche, l’assembler et le l’apprêter pour sa présentation.

Chaque pièce est unique et je passe de longue heure à réfléchir au résultat, et au final , je recommence souvent.

"Qu’est ce qui te donne la force de continuer ?"

Je suis un autodidacte, j’aime apprendre  mais quand on arrive à un certain niveau dans l’artisanat  il faut de l’aide. Ce métier est  remplis de rencontres passionnantes, les couteliers de Corses m’ont formidablement accueillis et m’ont donné des conseils pour progresser, ils ont partagé leur savoir avec moi et  j’en suis extrêmement reconnaissant.  Ce sont tous des gens passionnés, dont le seul but est de permettre au couteau corse de devenir une référence de qualité. Ce sont ces gens la qui me font avancer, je suis fier d’appartenir à ce corps de métier

Gaël Mayeur